Organisation des Funérailles à l'Ouest- Cameroun : Cas du groupement Batié
Les Funérailles c'est une cérémonie de Commémoration d'un défunt, mais sous forme de célébration et non de Lamentation ; c'est une étape de la vie de l'homme sur terre qui lui permet d'entamer le voyage qui fera de lui un ancêtre quelques années plus tard ( après avoir enlevé son crâne).
Au paravent, on pouvait attendre plusieurs années après l'inhumation avant d'organiser les funérailles, mais de nos jours les deux sont parfois organisés conjointement ce qui marque un coup dur au respect de nos us et coutumes.
Pendant les funérailles il y a des rites qui constituent le socle même de l'évènement.
Chronologie des différentes articulations des cérémonies funéraires.
Publication de la date
- Si le défunt est notable ( s'il fait partie d'au moins une société coutumière) à la chefferie, c'est chez le Chef Supérieur que les enfants accompagnés des aînés ou patriarches de la famille iront demander la date des funérailles ( Toum- Woue ). Ceci bien-sûr nécessite des moyens financiers et matériels à remettre au chef.
Ce dernier après validation vous enverra à un de ses serviteurs qui à son tour donnera les orientations sur le nombre, l'identité des sociétés coutumières ainsi que le nécessaire en nourritures et boissons pour que chaque société soit présente aux funérailles.
- Si le défunt n'est pas notable, il revient au chef de famille de publier la date qui doit être consensuellement arrêtée.
- Si c'est le chef de famille qui est décédé, il revient aux enfants et aux aînés de la famille de s'entendre sur une date .
Toutes fois, le respect des jours interdits tel que les Djidjeu'h et les Tèmgou doit être de mise.
Ainsi toute personne doit obligatoirement célébrer les funérailles de 4 parents de son entourage direct( Grande mère Paternelle, grande mère maternelle, père et mère). Tous les autres sont facultatifs.
NB : S'il arrive qu'on perde son enfant ou son conjoint, les funérailles doivent aussi être organisés et bien-sûr les rites du veuvage pour la perte de son conjoint.
Pour un Homme qui organise les funérailles de ses grandes mères maternelles et paternelles, ou de ses parents direct, il doit :
- Détacher le Plantain Kondré ( Ké'h Kom ), accompagné de Vin et d'un sac de sel devant ses amis et connaissances.
- La tête de l'animal( Tsè'h-Nom ) égorgé à cet effet revient de droit au chef de famille du défunt.
- Si c'est le père qui est décédé, Plantain Kondré et boissons doivent être remis à la mère et ses coépouses pour les soutenir( Kèlong Djuie Mba'h )
- Si c'est la mère qui est décédé, Plantain Kondré et boissons doivent être remis au père (Mari) et aux coépouses de la défunte ( Kèlong Djuie Mba'h )
Pour une femme qui organise les funérailles de ses grands parents ou parents,
- Sa belle famille doit aller remplir certaines formalités notamment le Tiock-Woue chez le père , ce qui lui donne le droit de décorer l'esplanade de la cérémonie et d'utiliser les parures traditionnelles pour habiller sa femme et ses enfants.
*NB*: pour les femmes mariées, ce sont ses coépouses qui sont habilitées à l'habiller de parrures Traditionnelles
- La belle famille doit organiser son Wou-woue constitué des membres de leur famille, amis et connaissances, et faire une procession spéciale( Sorte de parade) avec leur femme ( Fille du défunt) et enfants , avant de jouer et danser en faisant le tour de la cour. Cette phase est souvent une occasion idéale pour la belle famille de montrer comment on a entretenu la femme depuis qu'on l'a épousé. On étale la grandeur de la famille, le respect qu'on accorde à la femme et aux enfants au grand jour.
- La marmite de Plantain Kondré qui servira au différents rituels doit être préparé chez le mari avec bien-sûr l'animal égorgé dans sa concession. Les autres éléments de la gastronomie peuvent être préparé n'importe où, même par le service traiteur.
NB*: Pendant les préparatifs, la famille de la femme doit piler un bon taro et servir à la belle famille , ce taro est appelé Pé Wi'h-Na'h littéralement ; "Taro pour déguster la sauce"
La belle famille doit charger l'assiette ou le sac qui a servi à transporter le repas et payer le transport à la belle mère ou à son envoyé
- La femme doit prévoir le Kèlong Fock-Keu . Il s'agit d'une Assiette de Plantain Kondré accompagné d'un sac de sel et d'une Damgeane de vin Blanc ou un Casier de bière ou même un carton de vin rouge en fonction des moyens qu'on dispose, que ses coépouses se partageront à la fin des funérailles.
- La femme doit offrir le Kèlong Djuie-Ba'h constitué d'une assiette de Plantain Kondré avec un sac de sel et de la boisson aux femmes de son père ou femmes de la concession.
- Un sac de sel Gwang Sedi -Woue doit être détaché dans le magasin de Deuil ( Tang- Woue), seul une initiée peu initier à son tour la femme qui entre par cet acte dans le cercle des orphelines de père, mère ou grande mère selon l'événement.
- Pour les femmes mariées, il faut aussi prévoir le Kèlong Ké'h-Na'h qui est exécuté sur la tombe du défunt ; ce rituel consiste à détacher un paquet de Plantain Kondré viande de chèvre, un peu de sauce jaune et de l'argent à remettre à l'officiant qui peut être le successeur du défunt, le premier fils du défunt ou le mari du défunt.
*NB*: Ce sont les coépouses qui sont en front Line de cette étape.
Mais une femme non mariée peut aussi décider de valider ce rituel qui couronne les cérémonies funéraires chez les femmes
NB : Après avoir tout réglé avec le Chef de famille du défunt,
Ce dernier doit commencer le deuil ( Nthe-Woue ) en tapant sur le tam-tam placé au milieu de la cour , se geste s'accompagne des paroles expliquant ce pourquoi et pour qui on est là ce jour.
La cérémonie proprement dite est constitué de trois phases ;
1 ère phase : On commence les funérailles toujours par les chants de victoires pour exprimer la victoire de l'Homme sur la mort ; ainsi malgré la perte de cet être cher, on tient debout, et plus fort qu'avant. On chante haut et fort en dansant pour montrer à la mort qu'elle ne peut en aucun cas nous intimider.
2 ème phase On se rappelle des beaux moments vécus avec le défunt et entonne des mélodies tristes aussitôt reprise en refrain par l'assistance ; c'est le (Woue-chèmniock) . À l'écoute de ces mélodies, on se rend compte qu'elles sont riches en enseignements, chargées de proverbes et paraboles , issues des expériences vécues.
Elles prodiguent des conseils de vie .
Dans ces paroles, chaque danseur extériorise de manière voilée ou non ses problèmes, regrets, ses pensées etc...
On dit souvent que dans cette mélodie harmonieuse, chacun se pleure et pleure ses problèmes et ses morts.
3 ème phase : Ici il n'est point question de quitter l'esplanade de la cérémonie en larmes, Non il faut montrer à la mort que on l'a vraiment vaincu, c'est pourquoi on entre par un chant de victoire et sort par un chant de victoire.
En conclusion, toute cérémonies funéraires, au delà de l'aspect festif qui est parfois solennelle doit respecter ces étapes qui sont parfois discret mais très importantes pour affirmer avec assurance qu'on a fait les funérailles d'un parent ou grand parents.
Youtchom Fokou
27 March 2021
Très intéressant Merci à l’auteur pour toute ces précision
E Tagho
30 March 2021
Traditional is sacred. The challenge is to pass it down in a genuine replicable manner. The younger generation must also show interest
Tadie Y
09 August 2021
Thank you for your great work. How to get your contact? Thx
Jane
03 December 2021
Je te remercie beaucoup pour ton travail. J'ai dû faire un débat la semaine dernière sur les funérailles et ce sujet m'a énormément aidé ????????????????
Steve
03 March 2022
It's very interesting. However, I think it is so heavy and demanding in terms of procedure and materials. I think it could be simplify just to the essential as was done by the people of Nde and Haut-mkam as I know.
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